Aquaponie : des poissons (et des légumes) dans mon jardin

aquaculture-plantationL'agriculture urbaine, où espaces cultivés et espaces bâtis se mélangent et participent ensemble au tissu urbain, contribue à renforcer notre sécurité alimentaire et à relocaliser notre consommation, crée de l'emploi local et favorise la biodiversité en la ville. L'aquaculture est une des solutions envisagées pour faire face à la raréfaction des ressources halieutiques, mais elle n'est pas sans impacts environnementaux. Dans le même temps, l'étalement urbain empiète sur les espaces ruraux, notamment ceux dédiés à la production maraîchère. Dans ce contexte, l'aquaponie, en combinant deux productions agricoles complémentaires, offre une solution limitant la consommation d'espace, d'intrants et d'eau (on table sur une économie d’eau de l’ordre de 95% par rapport aux deux systèmes de production pris séparément). Une serre aquaponique pouvant être installée n'importe où, la production peut se faire à proximité des lieux de consommation, ce qui limite les émissions de CO2 dues au transport. 

Joeren Bogers, adhérent de l’institut INSPIRE qui vient d'installer une serre aquaponique dans son jardin partage ici son expérience et explique comment chacun (ou presque), peut se lancer.

INSPIRE : Comment en es-tu arrivé à vouloir monter un projet en aquaponie ? C'est assez loin de des préoccupations professionnelles initiales, non ?

Jeroen Bogers : En effet, sur un plan professionnel, j'ai toujours baigné dans la finance, mais j'ai aussi, depuis quelques années, senti un fossé se creuser entre mes convictions personnelles et mes activités professionnelles. C'est ce qui m'a poussé, à quarante ans, à faire une pause et réfléchir à un autre mode de fonctionnement: prendre le temps de faire un point, me focaliser davantage sur ma famille, réfléchir à ce que je pouvais faire pour notre chère planète tout en continuant à gagner ma vie.

Et c'est parce que j'ai pris le temps de beaucoup lire sur des sujets divers et variés (mais tournant principalement autour du respect de notre environnement) et de rencontrer des personnes très différentes de mon parcours habituel, que j'ai fait la rencontre de l'Institut INSPIRE et d'un projet théorique sur l'aquaponie (lien). Le sujet m'a tout de suite emballé parce que j'y ai vu, entres autres, une solution au problème d'approvisionnement en nourriture saine en milieu urbain mais aussi dans des zones arides grâce à un procédé respectueux de notre environnement. Je me suis alors mis dans la tête de passer de la théorie à la pratique.

I : Quand une telle idée germe dans sa tête, comment s'y prend t-on pour la mettre en oeuvre quand on est un particulier ? 

aquaponie-installationJB : Je me suis d'abord mis à chercher des informations un peu partout car je n'ai aucune formation ni en aquaculture, ni en culture hors sol. Je me suis vite rendu compte que si je voulais trouver des personnes avec qui échanger sur le sujet, il fallait aller chercher un peu plus loin que juste sur la région. Je suis allé faire un petit tour d'Europe pour rencontrer des entreprises qui débutaient en aquaponie, notamment en Suisse et en Allemagne, puis j'ai fait une formation d'une semaine aux Pays Bas. Plus proche d'ici, j'ai pu bénéficier de l'expertise d'un projet en Lozère (Lycée Agricole) en coopération avec le CIRAD de Montpellier et des universités.

Ensuite, j'avais l'option de soit me lancer dans une ferme aquaponique en vue de produire des quantités de poissons et légumes avec comme objectif de les vendre (investissements importants et beaucoup d'incertitudes sur la faisabilité car à aujourd'hui il n'y a aucune ferme opérationnelle en Europe qui soit rentable), soit d'installer un petit pilote pour tester le concept sur un plan technique, étudier les coûts, obtenir des retours sur l'acceptation de ce mode de culture/élevage auprès de consommateurs…

J'ai opté pour la deuxième solution et j'ai fabriqué une serre dans mon jardin et j'y ai installé un système aquaponique qui produit depuis cet été.

I : Au niveau de l'installation, quels sont les besoins ? Combien as-tu investi ? Où t'es tu fourni en matériaux ?

JB : Les besoins diffèrent en fonction du climat et bien sûr des quantités que l'on espère produire. J'ai commencé avec une surface au sol de 10m2, un seul bac d'élevage de poissons de 1000 litres et trois bacs de culture. (les bacs ont été fabriqués à partir de conteneurs de 1m3 de type IBC, recyclage bien sur !). Théoriquement cette taille d'installation peut produire 60kg de poisson et 300kg de légumes par an. Dans notre région, il faut prévoir aussi une serre pour passer l'hiver et éviter d'avoir à trop chauffer l'eau. (la structure de serre m'a été prêtée, la bâche plastique achetée). Ensuite il faut quelques tuyaux, coudes, robinets et une pompe. (magasins de bricolage). Il faut remplir les bacs de culture avec des billes d'argile (1000 litres en magasin de "culture indoor") et planter les graines de laitues, tomates, épinards…

Je me suis fait envoyer 15 alevins d'Oréochromis Mossambicus depuis un magasin d'aquariophilie pour commencer et j'ai acheté une mallette pour tester l'eau au niveau de l'ammoniac, nitrites, nitrates, PH, oxygène.

En tout, il faut compter quelques jours de bricolage et environs 1000€ de matériel pour se lancer dans l'aventure.

I : Quels soucis as tu rencontrés ?

JB : Le plus difficile pour moi a été de trouver le bon réglage pour le débit d'eau entre les différents bacs de culture et le bac d'élevage afin que le drainage se fasse convenablement et que les bactéries dans le substrat  puissent s'y établir. Sinon, il y a quelques attaques de chenilles que j'enlève au fur et à mesure (mes poules se battent pour les manger).

I : Les premiers résultats ? Quel est ton bilan sur ce projet ?

aquaponie-la serreJB : Pour le moment je suis assez satisfait car le système s'autorégule et je n'ai pas à intervenir au niveau de la qualité de l'eau. Les poissons ne sont arrivés que depuis un mois et ont pris 1 cm. J'ai récolté quelques tomates, quelques laitues, piments verts et haricots et je viens de planter de la menthe, du basilic, des épinards et de la mâche pour l'hiver. J'ai remarqué que les plantes à racines comme les carottes et radis n'aiment pas trop les billes d'argile, donc à éviter. Au niveau du goût je ne remarque pas de différence par rapport à ce que je récolte dans mon potager classique.

I : Finalement, conseillerais-tu à un ami de tenter l'expérience ?

JB : Oui bien sur. Plus il y aura de projets, plus il y aura de retour sur expérience et mieux cela fonctionnera. D'autant plus que le climat de notre région s'y prête très bien.

En savoir plus sur le projet et contacter Jeroen Bogers
Télécharger le rapport sur l’aquaponie réalisé par l’institut INSPIRE

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