Lors de la conférence du 12 mai 2009 au CEVIPOF (Centre de Recherches Politiques de Science Po) Amory Lovins, physicien renommé, cofondateur, président et directeur scientifique du Rocky Mountain Institute (centre de recherche américain sur l’énergie) a exposé un concept de transition énergétique qu’il développe depuis 1976 : le capitalisme naturel. Il démontre que cette transition vers une utilisation et une production énergétique plus durable et plus raisonnée peut réduire l’impact sur l’environnement tout en créant des profits.
Quatre principes sont défendus par le Rocky Mountain Institute :
1. Une augmentation drastique de la productivité des ressources naturelles ;
2. Une transition vers des modèles de production inspirés par la nature ;
3. La mise en place de modèles économiques basés sur les services ;
4. Un réinvestissement dans le capital naturel.
Durant la conférence, M. Lovins a présenté un rapport de l’agence de conseil Mc Kinsey (Pathways to a low carbon economy) qui propose une liste de mesures, classées des moins chères aux plus chères (meilleure isolation des bâtiments, capture de CO2, développement des biofuels…) avec une estimation de l’impact en termes de réduction d’émissions de CO2. La hauteur de chaque barre illustre le coût moyen par tonne de CO2 équivalent carbone évitée d’ici à 2030. En supposant que les politiques citées soient adoptées dans l’ordre et sans tarder afin d’éviter un changement climatique désastreux, 70% des GES (gaz à effet de serre) évités couterait en moyenne 4 euros par tonne évitée. Mais le plus surprenant est de constater qu’un bon tiers d’entre-elles ont un coût négatif. Les économies d’énergie qu’elles rapportent tout au long de leur vie représentent une valeur plus importante que l’investissement initial. Mais si on attend dix ans avant de changer réellement de politique, le potentiel de baisse des émissions permis par les technologies actuellement connues passe de 38 à 22 gigatonnes de CO2.E tude disponible à cette adresse :
http://www.mckinsey.com/clientservice ccsi/pathways_low_carbon_economy.asp
Le point principal présenté par M. Lovins durant cette conférence est qu’il est moins onéreux d’économiser du pétrole que de le consommer. Plusieurs entreprises ont compris ce principe. Ainsi l’entreprise DuPont a diminué sa consommation énergétique de 6% par an (par point de production) et ses émissions de 80 % depuis 1996. BP, Dow, GE, IBM, United Technologies ont présenté des succès similaires.
L’objectif est donc de diminuer l’utilisation de pétrole et de libérer moins de CO2 : or diminuer d’1% par an l’énergie nécessaire pour produire 1 dollar de PIB mènera à un triplement des émissions de CO2 en 2100, diminuer de 2% par an permettra de stabiliser les émissions, et seule une diminution de 3 à 4% par an de l’énergie nécessaire à la production d’1 dollars de PIB permettrait de stabiliser le climat.
Si cela semble impossible, ça ne l’ai pas pour M. Lovins : depuis 1997, les Etats-Unis ont diminué de 2 % par an leur consommation énergétique par dollar de PIB produit, alors que la Californie a atteint 3%. De plus les USA ont atteint une diminution de 3.6% par an durant la période 1981-1986, après le choc pétrolier de 1981.
Ainsi le Rocky Mountain Institute a publié un livre : Winning the oil endgame présentant des solutions qui permettraient de supprimer l’utilisation de pétrole d’ici à 2040.
Certains investissements semblent être très efficaces, par exemple développer les lampes-fluos, ou les lampes à LED, améliorer l’isolation des bâtiments ou durcir les standards de consommation pour les véhicules.
Selon M. Lovins, ce sont dans 6 domaines stratégiques que les efforts doivent se concentrer : l’aviation, les poids lourds, le militaire, le pétrole, la finance et les voitures.
En effet les véhicules sont extrêmement polluants, c’est pourquoi la recherche d’une meilleure efficacité énergétique est déterminante. Aux USA, les véhicules utilisent 70 % du pétrole américain, or avec de meilleures performances, il serait possible de sauver environ 2/3 de cette consommation. A titre d’information quant à l’efficacité des véhicules, 87% de la puissance fournie par le carburant n’atteint jamais les roues. C’est pourquoi M. Lovins et le Rocky Mountain Institute ont conçu un prototype virtuel de voiture économique nommée Hypercar consommant 3.56L au 100 km et libérant 86g de CO2 par km, qui a remporté le « World Technology Award » en 2003. Le matériau utilisé est un assemblage de matière thermoplastique (ayant la propriété de se ramollir d’une façon répétée lorsqu’elle est chauffée) et de fibre carbone. Ce nouveau matériau a l’avantage d’être plus léger que ceux actuellement utilisés et d’être particulièrement résistant. Ce prototype présentait donc l’avantage d’une production et d’un assemblage simplifiés et d’une diminution du poids et d’une amélioration de la conception de la voiture afin de réduire les dimensions du véhicule. Ces qualités lui permettaient en outre d’atteindre un prix de fabrication et donc de vente abordable.
Un autre prototype fut présenté au salon de Tokyo en 2007 par Toyota : la 1/X qui préfigure la prochaine ère de l’automobile vue par le constructeur. En conjuguant légèreté de la structure plastique-carbone (poids global de 420 kg), une motorisation hybride (Flexfuel et électrique rechargeable sur secteur), et grâce à des roues de petites tailles, sa consommation devrait être de 2.17 L au 100 km.
M. Lovins affirme que ce sera pas à pas que l’efficacité énergétique des voitures se dirigera vers une consommation d’énergie fossile proche de zéro. Dans la même dynamique on verra apparaître des garages et stations services adaptés aux nouvelles technologies (l’électricité avec les voitures hybrides ou électriques, l’éthanol cellulosique E 85 et à plus long terme la pile à combustible).
En plus d’une révolution dans le domaine des énergies fossiles, deux révolutions dans le domaine électrique peuvent être mises en place :
• La diminution de la consommation : pour cela, l’efficacité dans la consommation de l’énergie électrique est à améliorer, en sachant que 70% de l’électricité américaine est utilisée pour le bâtiment, 30 % par l’industrie mais que les ¾ du total est perdue. Ainsi à New York, l’Empire State Building doit être rénové afin de réduire la dépense énergétique du bâtiment de 38 % d’ici à 2013. Le Rocky Mountain Institute propose dans ce domaine un ambitieux projet appelé « Factor Ten Engineering (10xE) » qui a pour but d’accélérer la réforme de l’ingénierie dans un souci d’efficacité énergétique maximale. Pour plus de renseignements : http://www.10xe.org/main/about.html.
La diminution de la consommation est proposée par Amory Lovins sous le concept de negaWatts : l’exemple le plus courant consiste à remplacer une classique ampoule à incandescence de 100 watts par une lampe fluorescente de 20 watts, ce qui revient à utiliser 5 fois moins d’énergie pour assurer un même niveau d’éclairage. La puissance électrique nécessaire est ainsi réduite de 80 watts. En d’autres termes, le remplacement de cette lampe génère « 80 watts en moins », soit une production de 80 négaWatts. Les négaWatts peuvent être produits par une amélioration de l’isolation et de l’efficacité énergétique des bâtiments, la régulation du chauffage pour réduire la consommation d’énergie, l’auto partage et le covoiturage, la relocalisation des circuits économiques, le transfert du transport routier sur les rails…
• La production d’électricité par cogénération ou grâce à des énergies renouvelables. Le photovoltaïque devient ainsi de plus en plus compétitif en termes de prix avec les avancées et développement technologiques, provoquant une hausse de la demande. Quant à l’énergie éolienne, elle a eu une très forte croissance en Europe en 2008 (19 651 MW produits par de nouvelles installations en 2008). A contrario, le prix de l’énergie nucléaire a augmenté ces dernières années aux USA : en effet le coût effectif, une fois défalquées les aides octroyées par l’état, est bien plus élevé que celui des énergies renouvelables. De plus, la dépendance envers la source d’énergie primaire que représente l’uranium (ce qui ramène l’indépendance énergétique de la France à 6%) et les risques liés aux déchets radioactifs ne rendent pas cette énergie porteuse.
M. Lovins a proposé, pour conclure sa présentation, deux initiatives que tous les gouvernements peuvent mettre en place :
1/ Un système de bonus pour les véhicules écologiques (à l’image du système de bonus malus français) et par la suite implanter ce procédé dans le secteur du bâtiment.
2/ Partager les économies de gaz et d’électricité afin d’en faire bénéficier financièrement les consommateurs en même temps que les distributeurs (et les locataires en même temps que les propriétaires).
Pour plus d’informations sur le Rocky Mountain Institute et le travail d’Amory Lovins : http://www.rmi.org/ et www.natcap.org































