Entrons dans le « postnéolithique »…

Edito par Emmanuel Delannoy – Exaptations 1 – Septembre 2010

« Un autre monde est possible », scandaient à l’unisson les altermondialistes. C’était il y a à peine quelques années, cela nous semble aujourd’hui une éternité, tant tout s’accélère. Comme ils se trompaient…

Ils se trompaient car la formule qui conviendrait serait plutôt : « Un autre monde est certain ». Le monde, tel que nous l’avons connu, touche à sa fin. La seule question qui reste ouverte, c’est celle de savoir si nous saurons à temps nous entendre sur l’essentiel pour choisir ce que nous en ferons, ou si nous devrons nous résigner, par défaut, à subir ce qu’il sera.

Reconnaître les limites physiques et écologiques de la biosphère ne constitue pas une capitulation ni un recul de la pensée, encore moins une dévalorisation de l’humain. Mais continuer à croire que nous pouvons tout maîtriser, tout domestiquer (y compris l’Homme ?) serait une dangereuse illusion. Hubert Reeves aime ouvrir ses conférences par la phrase suivante : « Nous menons une guerre contre la nature, si nous la gagnons, nous sommes perdus ».

En écho à cette citation, François Letourneux nous invite, en épilogue d’un concis mais remarquable ouvrage*, à passer au « postnéolithique ». Lorsque nous y serons parvenus, il y aura alors eu, dans l’histoire des relations entre l’Homme et la nature, trois époques fondamentalement différentes :

La première, c’est le paléolithique, celle où l’Homme, chasseur cueilleur, subissait la nature et ses caprices, dépendant directement pour sa survie de ce qu’il pouvait y trouver chaque jour.

La seconde, amorcée il y a un peu moins de 10.000 ans, c’est le néolithique. L’Homme adapte son environnement à ses besoins, façonne les paysages, domestique plantes et animaux, et se lance dans une accélération exponentielle des technologies de maîtrise, de la charrue aux nanotechnologies, du silex des premiers socs au silicium de nos omniprésents microprocesseurs. La nature « sauvage » est vue comme un espace à conquérir, les espèces vivantes qui la peuplent, inspirant crainte ou méfiance, devant être éliminées, domestiquées ou contrôlées. C’est le début de cette « guerre » à laquelle fait allusion Hubert Reeves.

La troisième reste à inventer. Le Postnéolithique, comme l’appelle encore provisoirement François Letourneux, ne sera pas un retour en arrière. Il ne sera pas une capitulation de l’Homme face à la nature. Mais il porte en germe la promesse d’une nouvelle alliance entre humanité et biodiversité, celle d’une humanité réconciliée avec la nature, ayant retrouvé sa place au sein du vivant. Humains et non humains partageant une même origine et un même destin sur le vaisseau spatial terre.

Par rapport à la période précédente, celle que nous quittons, de nombreux paradigmes de l’économie industrielle et agricole sont bouleversés. Nous sommes en train de passer de l’objet à l’usage, de l’économie linéaire à l’économie circulaire, de l’exploitation des ressources exhaustibles au ménagement des ressources renouvelables, de la maîtrise de la nature à l’accompagnement du changement.

Cet « autre monde » est déjà là. EXAPTATIONS** vous invite à sa rencontre…

 

* « Oui ou non, voulons nous protéger la nature ? »

** EXPATATION, qu’est ce que ça veut dire ? Pour le savoir, cliquez ici

 

 

A lire également ...

  1. Hubert Reeves à la bibliothèque de l’Alcazar
  2. Des étoiles et des hommes : De l’astronomie à l’écologie
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