La crise économique, une chance pour l’environnement ?

Logo CNRSINSPIRE était, du 6 au 8 novembre dernier, invité du CNRS pour les rencontres « Sciences et citoyens », au Futuroscope de Poitier. L’atelier auquel nous participions avait pour thème la sortie de crise et la recherche d’un nouveau paradigme économique intégré à la dynamique de la biosphère. Cet atelier a connu un grand succès, réunion plus de 80 « jeunes », du lycée au doctorat, pour des débats très enrichissants. La synthèse que vous pouvez lire ci dessous a été rédigée par 3 jeunes volontaires, pour être présentée en plénière le dimanche matin.


Atelier proposé par Béatrice Korc et animé par William Del-Mancino

Intervenants :

  • Emmanuel Delannoy, Directeur de l’Institut INSPIRE
  • Céline Guivarch, chercheuse en économie du développement durable
  • Jean-Michel Salles, chercheur en économie
  • Jacques Weber, économiste et anthropologue

Comment définir la crise ? On pourrait définir une crise comme un changement brusque de repères perçu comme négatif par la société. Dans le cadre économique, cela se traduite par exemple par l’effondrement des Bourses ou l’explosion du chômage. Mais ces phénomènes sont- ils la maladie elle-même, ou seulement ses symptômes ? La crise actuelle n’a-t-elle pas des causes plus profondes que l’effondrement des bulles spéculatives, notamment une crise énergétique et écologique sous -jacente ? Dés lors, on peut imaginer deux réponses à la crise : soit tenter de rétablir, tant bien que mal, l’état antérieur (réponse conservatrice), soit saisir l’opportunité de proposer un nouveau modèle de développement.

On l’a vu récemment, le plan de relance de 25 milliards d’euros proposé par le gouvernement visait plutôt à soutenir un modèle établi qu’à proposer une révolution verte. Si le profit est indispensable à l’activité économique, peut-on donc réconcilier développement économique et préservation des ressources naturelles ?

L’Homme a, mieux que tout autre espère, réussi à s’extraire de son environnement naturel et à le dominer. L’environnement est alors considéré comme une ressource gratuite à sa disposition. Comment replacer l’Homme au centre de son environnement ? La modification des ces rapports passe par des solutions technologiques et comportementales.

L’environnement naturel recèle par exemple de multiples opportunités d’innovation. Le biomimétisme consiste par exemple à observer les inventions des êtres vivants et à les reproduire pour l’usage humain. Les termitières nous offrent ainsi un exemple fabuleux de climatisation passive, que nous pourrions reproduire plus souvent dans les bâtiments. De même, on pourrait s’inspirer de l’organisation des écosystèmes naturels pour concevoir des groupes d’entreprises interdépendantes, les déchets des unes étant par exemple la matière premières des autres.

L’émergence  de nouveaux modes de production énergétique, de nouveaux marchés (recyclage, restauration, des écosystèmes…) constituera une opportunité d’investissement économique et de créations d’emplois. C’est ce qu’on appelle la « croissance verte ».

Modifier le rapport de l’Homme à son environnement passe évidemment aussi par une modification des comportements. Le modèle du tout-jetable en est un exemple frappant : « l’obsolescence programmée » a conduit à concevoir des objets volontairement peu durables de façon à rendre obligatoire leur renouvellement, et sauvegarder le marché des entreprises. Il est pourtant possible de renouveler ce modèle économique en commercialisant des services plutôt qu’en vendant des objets. C’est ce que font par exemple des entreprises comme Xerox ou Michelin en louant leurs produits et en réalisant leurs marges sur des services annexes. De cette façon, l’entreprise a tout intérêt à ce que son outil de production soit le plus durable possible, et l’environnement est gagnant ! Pourtant, au niveau individuel, il est important que des incitations soient mises en place, qui poussent les citoyens à changer.

Le rôle du consommateur dans les changements du système économique passe avant tout par l’existence de signaux lui permettant de faire un choix éclairé. Il est ainsi important de définir différents types d’indicateurs qui renseigneront l’acheteur sur l’impact environnemental d’un produit. Mais au-delà de l’étiquetage, qui fait appel à l’éthique du consommateur, le politique a le devoir de mettre en place des mécanismes plus incitatifs (ou contraignants). Cela passe essentiellement par une réforme globale de la fiscalité, qui consisterait à faire passer le poids des taxes depuis le travail et l’outil de travail vers l’utilisation des ressources naturelles. C’est la seule manière d’ « internaliser » dans les coûts économiques l’utilisation de l’environnement, qui n’appartient à personne. Pour ne pas pénaliser l’activité économique sur les territoires ayant mis en place cette fiscalité écologique, le rétablissement de certaines barrières douanières parait nécessaire, mais difficile à mettre en œuvre dans le contexte international actuel.

Le politique a également un rôle crucial à jouer dans le déploiement des technologies dites « vertes », qui doivent bénéficier d’un marché pour réaliser les économies d’échelles qui les rendront vertueuses écologiquement et rentables économiquement. Une vision à long terme nécessite d’abandonner les schémas économiques trop simplistes qui ont longtemps conduit à favoriser une « politique de l’autruche » : louer l’inaction et reposer tous ses espoirs sur le progrès technologique.

La modification des comportements des citoyens passe enfin par l’éduction er la sensibilisation  des jeunes comme des moins jeunes. Il est important de souligner le rôle que les citoyens peuvent jouer à titre personnel, via le militantisme et la diffusion de la culture scientifique. La population doit s’approprier les thématiques environnementales, et susciter l’évolution de la position politique. A ce titre, on peut regretter qu’il ne soit pas possible en France de recourir aux « actions de groupe » ( class actions), un dispositif qui permettrait de faire reconnaitre l’intérêt collectif plutôt que l’intérêt individuel.

Claude Lévi-Strauss a montré que certaines sociétés humaines ne prélevaient pas dans la Nature plus que ce dont elles avaient besoin. Il est également possible dans les sociétés occidentales de modifier notre rapport à la nature, et si le constat de la dégradation de l’environnement est bien présent , il existe des solutions pour modifier le modèle économique actuel. L’action passe par l’engagement politique et citoyen.

 

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