Les 10 grand mythes de la durabilité
Nombre de personnes semblent se méprendre sur le terme durabilité, qu’il s’agisse des non-initiés ou des pro-environnement. Si ce terme est galvaudé, c’est parce qu’il a acquis un fort poids conceptuel qui le rend pertinent dans de nombreux domaines, de l’agriculture à l’économie. Afin de mieux cerner les concepts liés à ce mot : durabilité, le Scientific American Earth 3.0 a consulté des experts afin de mettre à jour ses 10 plus grands mythes.
1er mythe : Personne ne sait ce que la durabilité signifie.
En fait le terme de développement durable a été défini par le rapport Bruntland (1) intitulé « Notre avenir à tous » en 1987. Le développement durable est donc « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. »
2ème mythe : La durabilité ne se préoccupe que d’environnement.
C’est évidemment faux. Le mouvement même en faveur de la durabilité remonte à la même époque, or à l’origine son objectif était de permettre aux nations pauvres de combler leur retard par rapport aux riches sur le plan du niveau de vie, c’est-à-dire faciliter leur accès aux ressources naturelles dont l’eau, l’énergie et le nourriture. Selon Paul Hawken (2) « Notre économie vole l’avenir, le vend au présent et l’appelle PIB (3) » car l’utilisation irraisonnée des ressources et la pollution massive mettent en péril le bien-être des générations futures. Un bienfait plus intangible de la nature que ses ressources naturelles est sa beauté, et les liens qu’elle tisse avec l’homme. Le philosophe du 19ème siècle, Henry David Thoreau écrivait : « C’est dans l’aspect sauvage de la nature qu’est la sauvegarde du monde. »
3ème mythe : Durabilité et écologie sont synonymes.
Ces deux termes sont proches mais il existe une différence importante : l’écologie est liée au concept du naturel alors que la durabilité s’appuie sur la technologie : voitures électriques, éoliennes, piles solaires pour tenter d’offrir à bientôt 9 milliards d’êtres humains un niveau de vie acceptable.
4ème mythe : La durabilité ce n’est que du recyclage.
Si le recyclage est un important vecteur, d’autres secteurs sont importants en termes de durabilité, par exemple l’efficacité énergétique ou l’amélioration des transports, qui sont les postes le plus importants. C’est ce que souligne Mme Weber, chef du département de la durabilité à la Princeton University.
5ème mythe : La durabilité coûte cher.
Ce mythe contient une parcelle de vérité mais dans une vision à court terme. A long terme, les investissements nécessaires en amont deviennent rentables. C’est pourquoi le Pentagone a décidé de réduire sa consommation d’énergie d’un tiers afin de diminuer sa dépendance énergétique et réduire ses coûts de fonctionnement.
6ème mythe : La durabilité oblige à baisser son niveau de vie.
C’est faux. Il s’agit de faire plus avec moins : Paul Hawken explique que la durabilité permet d’atteindre une plus grande productivité en diminuant la consommation des ressources. En outre la durabilité est aujourd’hui largement considérée comme un puissant moteur économique.
7ème mythe : Ces sont les choix de consommation ainsi que l’activisme de la population (et non l’intervention du gouvernement) qui offrent la voie la plus rapide et la plus efficace à la durabilité.
Les mouvements citoyens sont utiles et nécessaires mais seules des actions dirigées par les autorités compétentes permettent des progrès à grande échelle, d’où la mise en place de certaines normes et incitations financières, comme le contrôle des émissions de CO2. S’il est vrai que le prix des ressources naturelles augmentera du fait de leur rareté, ce qui diminuera alors leur consommation et donc la pression exercée sur elles, les conséquences sociales et humaines risquent, quant à elles, d’être violentes, comme cela est déjà le cas aujourd’hui dans l’industrie automobile. Une taxe carbone est de ce fait vue comme un moyen de faire payer les responsables des perturbations futures liées à l’environnement.
8ème mythe : La nouvelle technologie est toujours la solution.
Ce n’est pas nécessairement le cas, les technologies existantes peuvent déjà faire une différence. Le président Obama parlait à juste titre durant sa campagne du bon gonflement des pneus pour faire des économies de carburant. Dans ce sens l’entrepreneur israélien Shai Agassi veut développer un projet de création de stations d’échange de batteries le long des autoroutes pour palier au manque d’autonomie des batteries équipant à ce jour les voitures. Ces nouvelles stations pourraient ainsi remplacer les actuelles pompes à essence, en proposant de vendre un service (la distance) et non pas un produit (la batterie).
9ème mythe : En fin de compte, la durabilité est un problème de population.
C’est une fausse explication des difficultés que le monde rencontre actuellement. C’est évidemment un facteur qui démultiplie l’impact des humains sur l’environnement, mais la raison principale de nos difficultés actuelles est la mauvaise utilisation des ressources naturelles. De plus il est impossible de réduire drastiquement la population pour régler les problèmes environnementaux sans bafouer les droits de l’homme, la meilleure solution est donc une utilisation plus rationnelle des ressources.
10ème mythe : Une fois que l’on a compris le concept, il est très facile de concevoir un style de vie durable.
C’est inexact : il arrive qu’un choix confronté à la pratique s’avère problématique, comme ce fut le cas pour la production d’éthanol comme carburant à partir du maïs. On a ainsi découvert que la production d’éthanol consommait en réalité plus d’énergie qu’on ne le pensait mais surtout que le maïs utilisé pour sa fabrication était défalqué de la production dédiée au bétail et aux hommes, faisant ainsi augmenter le prix des denrées alimentaires. Les avantages de l’éthanol face a l’essence sont donc apparus beaucoup plus restreints après expérience. En somme, adopter un style de vie dans la durée est admirable mais demande une réflexion importante et suivie.
(1) : La Commission mondiale des Nations Unis pour l’environnement et le développement a publié ce rapport sous le nom de rapport Bruntland en 1987 en l’honneur de sa présidente: la diplomate norvégienne Gro Harlem Brundtland.
(2) : Paul Hawken est un environnementaliste, auteur, son dernier livre s’intitule « Blessed unrest : How the largest movement in the world came into being, and why no one saw it coming », et entrepreneur, il est le co-fondateur de Smith&Hawken, une entreprise d’outils de jardinage.
(3) PIB : Produit Intérieur Brut
Article originel du Scientific American :Top 10 Myths about Sustainability, écrit par Michael D. Lemonick
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