Elionor Ostrom travaille en particulier sur les biens communs, une question qui pose le problème de leur appropriation et de leur préservation, et qui peut induire dans certaines circonstances la nécessité d’une nouvelle gouvernance internationale (la question se pose aujourd’hui avec acuité pour les biens communs environnementaux). Elle démontre dans son travail comment les biens communs peuvent être efficacement gérés par des associations d’usagers. Elle a ainsi remis en cause l’idée classique selon laquelle la propriété commune est nécessairement mal gérée et doit être prise en main par les autorités publiques ou privatisée.
L’histoire des biens communs : un conflit constant entre la propriété et le partage.
La question des Communs a traversé les siècles depuis la charte des forêts de 1215 en Angleterre qui faisait parti de l’armistice mettant fin à la révolte populaire provoquée par le Roi Jean et les Barons anglais. Ces derniers avaient décidé de s’octroyer la propriété des forêts, plongeant ainsi les paysans dans une misère noire car l’autorisation d’utiliser les ressources forestières donnait aux pauvres la possibilité de jouir de biens de première nécessité. Depuis des siècles la nature (dont la forêt) rend en effet des services économiques important aux sociétés et plus particulièrement aux plus pauvres (ramassage du bois pour se chauffer, chasse, cueillette…). On les appelle les services écosystémiques.
Le problème des biens communs est réapparu dans l’économie capitaliste. Il occupe d’ailleurs de plus en plus le devant de la scène à travers les questionnements liés au changement climatique, mais aussi liés à l’irruption des réseaux numériques, de l’économie de la connaissance, de la redéfinition des droits de propriété immatérielle… Comment gérer ces biens qui appartiennent à tous et à personne, mais dont chacun a besoin ? Les biens communs doivent-ils être définis par rapport à la question marchande ? (gratuits ou payants, accès illimité ou restreint) ?
L’analyse économique tente d’arbitrer entre gestion des biens communs par la propriété individuelle et gestion par la communauté.
La notion de bien commun a été étudiée par le sociobiologiste Garrett Hardin qui publia un article intitulé « la tragédie des communs ». Il pris à cette occasion appui sur l’exemple de l’
usage abusif de pâturages communs par des bergers (chacun cherchant à y nourrir le plus grand nombre d’animaux au point de réduire la quantité d’herbe disponible), et a démontré
que les biens communs doivent
être pourvu d’un propriétaire et d’un prix afin de les sauvegarder.
Or Elinor Ostrom et Charlotte Hess, dans leur ouvrage majeur « Understanding knowledge as a commons » s’opposent à ce modèle. Elles montrent qu’au delà du bien en lui même, les biens communs incluent la gestion de ces même biens, comme cela est fait depuis des millénaires. Pour Hardin, les biens communs sont uniquement des ressources disponibles, alors que pour Ostrom et Hess ils sont aussi des lieux de négociations (il n’y a pas de communs sans communauté), gérés par des individus qui communiquent, et parmi lesquels une partie au moins n’est pas guidée par un intérêt immédiat, mais par un sens collectif. Ostrom a ainsi montré que l’intervention de l’Etat n’était pas toujours la meilleure solution et que des arrangements institutionnalisés avaient permis la gestion collective de nombreux écosystèmes sans conduire à leur effondrement.
Elinor Ostrom a également évoqué dans certains de ses travaux la connaissance en tant que bien commun à l’ère du numérique et la possibilité de la gérer sur un mode collectif. La différence avec les biens communs environnementaux réside dans le mode de protection : on ne peut pas créer un musée de la nature et reproduire certains de ses éléments pour un faible coût, comme on peut le faire pour un CD. La communauté doit les préserver et assurer leur renouvellement afin d’éviter leur épuisement.
Une conclusion centrale des travaux d’Ostrom et Williamson est qu’il n’existe pas de solution miracle en matière de gouvernance. Le choix d’une bonne gouvernance passe donc par l’examen détaillé de chaque situation. Leur méthodologie repose sur une analyse de l’efficacité comparée des solutions alternatives (l’échange marchand, la planification, la négociation horizontale et coopérative…).
Jean-François Jamet et Marie Colson
[1] En économie, un bien commun est un bien qui appartient à une collectivité. Cette notion s’applique par exemple à l’eau, la biodiversité ou encore la recherche.
[2] Jean-François Jamet est économiste à la fondation Robert Schuman et maître de conférence à Sciences Po Paris.
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